on les voit passer dans la vitesse et le nombre
à l'ombre des grands platanes brûlés
dardant de courts tee-shirts où leur poitrine étouffe
sous des étoffes bleues gonflant leurs vierges fesses
comme de bas poumons pour l'encens diabolique

elles vont sans joie se voulant statues
au très grand raffut Foutre offrant leurs rondes formes
rêvant de bites d'or mimant des reins
sur des rythmes naïfs de danses électriques
des nuits de foudre où crient les désirs chiens

mais leurs yeux allumeurs ont un goût de chewing-gum
menthe factice où se noiera la fièvre
- pauvres yeux mièvres et sublimes des génisses
gardant l'éclat du pré dans la remorque
qui les emporte aux tranchants vices du boucher

au coeur de leur chair suinte avec effort
un vieux bouillon de sucre d'orge où niaisement
dorment des taons - leur peau pourtant est suante
souhaitant que sur l'écran de leur jeunesse transe
où le néant s'allume elles paraissent

enfin! et qu'en boucle infernale toujours passe
l'image éternelle et piteuse d'elles
qu'on voit qui passent dans la vitesse et le nombre
à l'ombre des platanes morts. 
que s'est-il passé
frères
on ne connaît plus
rien
du pays de nos
pères
il ne reste plus
rien
 
l'insurrection...
 
a-t-on perdu la
guerre
a-t-on perdu nos
âmes
bonsoir aux beaux i-
-mmondes
bonsoir vendeurs du
monde
 
l'insurrection...
 
le théâtre qu'on
ferme
et la prison qu'on
ouvre
et le coût de vos
thermes
et le goût de vos
Louvres
 
l'insurrection...
 
croit-on qu'on va les
taire
qu'on va rendre les
armes
cousin brise mes
fers
enfant sèche mes
larmes
 
l'insurrection...
 
que se passe-t-il
frères
j'ai vu frémir nos
mains
de beauté de co-
lère
d'aurore et feu et
vin
 
l'insurrection...
 
que se passe-t-il
frères
j'ai vu frémir nos
mains
au pays de nos
pères
l'insurrection
l'insurrection
l'insurrection
l'insurrection
l'insurrection
vient.
hier l'avion est parti de Londres
Jeanne souviens-toi

à Calais on a fait escale
bourgeois souviens-toi

à bord on en a chargé trois
Môquet souviens-toi

c'était minuit heure française
Moulin souviens-toi

le jour est pâle sur Kaboul
Massoud souviens-toi

profonde et froide est notre nuit
ô Christ souviens-toi
tu montes la route qui monte
bordée par les arbres
traversés de vent
de lumière blanche

c'est l'aube. gisent dans ton dos
tes village, église
nuit. tu marches sur
des fruits qui éclatent

délivrant le nom de leur arbre:
chêne, noisetier
noyer, châtaignier
secrets de bruits secs

chaque feuille à sa façon chute:
tourbillon, vertige
tremble, vrille ou valse
sans aucune lutte

dans le don des automnes, marche
là-haut t'attendra
la blanche cadence
du pays promis:

les monts, dans le lointain, crocs roses
le lac et la plaine
miroir de ta mort.
voici le soleil.

plainte de vieille feuille morte brune
sèche et racornie
dans le vent du soir
sur le goudron noir
sous la grise lune:

griffe qui s'attarde
sur un dos de marbre
serpent qui se traîne
dans un bruit de chaînes
haine de l'hiver et regret de l'arbre.

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