joyosa furiosa, diptyque, mars-juillet 2007
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le Verbe et
la Chair
aperçus de l’œuvre littéraire et plastique

d'Aurélien Delsaux
mille et cent serpents
dans mon coffre
s'accumulent
vaille que vaille je roule
sans retourner la tête
mille et mille et cent
serpents se déroulent
sifflent se dressent
vaille que vaille je roule
sans retourner la tête
bruits de caresses glacées
dans mon dos bruits de
faux aiguisée
vaille que vaille je roule
sans retourner la tête
leurs langues fourchues
veulent brûler ma peau
qui douce s'offre
vaille que vaille je roule
sans retourner la tête
je sens à ma nuque
leur air aigu veul et dupe
qui râle et raille
vaille que vaille j'ai roulé
sans retourner la tête
alors je m'arrête sors
et brûle mon véhicule:
que les serpents flambent!
silence des flammes, calme sur ma nuque, éternité
contemplez mes yeux tristes
le spectacle sinistre
des minces yeux de braise
que ce grand feu apaise
je sens
qu'une serpente
dans ma tête a éclos
serpente dans ma tête
un vert et beau chagrin rampe
un vieux remords ondule
mords ma cervelle
dévore-la
ma belle
grandis et fais
en moi ta mue
ton mal a bon goût
et ton venin m'amuse
puisque ton rêve est à mon cou
et que mon coeur vivant te tue
mes yeux mes yeux
étaient bien secs
le tonnerre éclata
je ne vis pas avant
de foudre
le ciel est bon qui pleure
pour moi
la pluie ne nous quittait plus
depuis longtemps déjà
je roulais vers l'orage, et sa colère
visant là-bas cette immortelle foudre
cet immobile éclair le soleil s'éteint
mes roues lentement avalaient l'asphalte bleue
de la route rivière et me laissaient contempler mieux
le passage éternel de nuages zoomorphes
au troc sans cesse de formes sans cesse premières
pour former cloques et chimères énormes:
bêtes sans tête
dragons à plumes
volailles éléphantines
- ce temps ravive en moi
le temps de feu les enfantines
il me fallut ralentir ralentir encore
sous ce spectacle du ciel là mauve et là noir
jaune et violet ocre orange rouge rose
pour voir au loin voir
les nues déchirées de bleu clair
et dessous: la maison minuscule où
faible prière faible chant
la femme pleure elle est nue sans enfant
l'amour passé il est tard ce fut bon
la lente traversée de la lumière
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