Vendredi 15 décembre 2006

 

que d’appels au départ

toujours repris ! toujours semblables !

 

ne crois pas que les vents bégaient

 

et non plus ne tiens

l’air et l’étincelle

comme une pierre tombale

sur tes mains

                                                                        

 vers la liberté, octobre 2004

par Aurélien Delsaux publié dans : poèmes et oeuvres plastiques
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Jeudi 9 novembre 2006

 

l'autel, février 2005

il est tombé. et maintenant ils sont seuls.

seuls dans le combat, le deuil et l'espérance.

il faut enterrer le chef, il faut délivrer la France.

la neige épaisse est robe de noce et linceul.  

devant, avance le curé courbé sous le vent.

puis vont les parents, puis le cercueil

porté par les plus jeunes, et derrière quoi

vont tous les compagnons. l'on marche et l'on a froid. 

 

sortant de sous les sapins, on monte jusqu'au plateau 

où tous les matins, dans l'aube, Tom hissait le drapeau.

on monte dans la neige, lentement, et, sans bruit, cet effort

dissipera la dernière ombre de la nuit.  

il a fallu creuser la terre gelée et le coeur le plus fort

est plein de ce froid, dans la douleur et l'hiver.

on a pleuré le brave, on a chanté le héros trahi

par la mort, on a prié pour la patrie.

le visage des vieux parents est resté imprenable, fort, sec

comme un coup de feu. autour, les âmes et les rocs des monts

étaient pourtant prêts, sous le gel, d'éclater.

alors nous sommes retournés nous cacher et combattre.

par Aurélien Delsaux publié dans : poèmes et oeuvres plastiques
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Mardi 7 novembre 2006

                               la verticale, (détail - fresque et installation, collection particulière) mai 2006

 

revenant de la capitale, ayant quitté l'A43,

il roulait dans la nuit et la brume

sur la nationale 6 - il allait, je crois,

au Pont, ou à La Tour ,

rentrant à la maison du père, une fois de plus.

 

dehors, vitesse bruyante des moteurs,

publicités, panneaux indicateurs. 140 kilomètres

heure au compteur: tout défile - il ne regarde rien. et n'entendit pas - car il écoutait,

immobile, Mozart qu'il adorait parce que c'était la vie,

parce que c'est la paix.

 

le trajet n'est plus que musique - il allait sans bagage, sans papier, sans image, ni plan

ni carte - depuis l'enfance connaissant le chemin par coeur.

ses parents étaient alors au volant et lui, contre la vitre,

à l'invention du paysage. la grâce de ce passé fit retour en lui

l'instant d'un sourire - folie.

les pompiers qui désencastrèrent le corps

disent que jamais ne virent visage tel,

tant immobilement serein, et tant plein de joie, et comme encor vivant

- souriant vestige et trace vive de son ultime ave:

à la Reine de la Nuit , salut. 

 

 

par Aurélien Delsaux publié dans : poèmes et oeuvres plastiques
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Dimanche 5 novembre 2006

le village, juillet 2006

calme de la grande maison après le café. l'on entend

plus rien que le vent séchant le linge blanc;

les enfants sont loin dans la vigne (et leur rire comme un ruisselet).

tout est tranquille. et l’on s’assoupit dans cette paix 

 

- sachant bien que tout va reprendre vie, dans le déclin même du soleil;

qu’il y aura le dîner à préparer, le bain à donner, et l’histoire à lire, et la prière à faire.

lors, dans la mer montante du sommeil, les enfants entendront les rires, plus forts, des grands autour du tilleul, de l’eau de vie,

et, hannetons sous l’arbre, murmures, éclats de voix, d’autres jeux. 

 

puis tous, les grands rejoignant les petits, s’en remettront à la veille sur eux de la nuit bien venue,

belle enseignante de l’Ultime, vers quoi sillonne

notre foi, labeur de la lumière  

 

en nous qui professons qu’au soir,

déjà pris dans sa paix, nous saurons l’appeler : l’Eblouissante

- nous, petits enfants.

par Aurélien Delsaux publié dans : poèmes et oeuvres plastiques
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Jeudi 2 novembre 2006

la sainte face, octobre 2004

je croyais que tout était silencieux, n’écoutant que moi

dans le bois profond, mystérieux

et sombre, je marchais. la terre était humide,

il avait beaucoup plu ; souvent je marchais dans la boue.

 

 

 

parmi les arbres seulement, loin des hommes, sans compagnon aucun,

sans même un chien, je m’arrêtai, debout.

et je méditais en moi-même ce fait : comme

l’on est plongé dans la grande solitude.

 

 

 

vieille et amère certitude du moderne : l’homme est seul

dans le réseau des choses et des interconnexions

dans l’espace infini des possibles, dans son voyage immobile parmi les nations,

les langues, les divertissements. citoyen du monde terne,

 

 

 

l’on est seul. nous : quel est ce mot ? nous ne sommes maille

dans le patchwork contemporain. nous ne sommes rien.

je montai un peu. une clairière fut, terme de mes pas. dans la pente, me tournant, j’aperçus

le Mont Blanc – point de repère et point de mire

 

 

 

alors je contemple et j’admire cette masse blanche

source immense, source de tout, m’indiquant l’Est

le grand orient (Jérusalem et non Capoue), la terre d’où nous vient tout

la terre où tout se lève où tout élève où tout commence ;

 

 

 

voici le sommet de l’Europe voici l’ancêtre qui vit

nos pays naître et nous n’être rien, aller, venir, mourir

et qui peut-être en a bien ri par quelques avalanches.

moi qui croyais cependant que désormais nous habitions la petitesse la plus plate,

 

 

 

je te vois, Mont Blanc – mesure de démesure, océan vertical

tache immaculée dans le ciel parfait, forme aiguë dans le ciel invisible

et faille du zénith, je te reconnais. et c’est dans cette reconnaissance

que j’entendis bruire le monde là que, moi las, je croyais muet :

 

 

 

les arbres les oiseaux, et non pas les oiseaux les arbres mais

le chêne et la mésange et l’érable, rouge-gorge et châtaignier,

la pie le coucou le bouleau et puis la mouche et l’araignée

la roche le souffle et la vipère et la lune et la mousse le cerf et le sanglier

 

 

 

- et tous de m’annoncer : « nous tissons du nuage à la fougère de la neige à la braise

de la cigale à l’aigle et de la flaque à l’étoile, la vaste communion des saints.

non – le monde n’est pas mort, ta solitude est un grand rien

éveille-toi ô toi qui dors entends-nous dans ton âme et donne-nous la main ;

 

 

 

nous célébrons l’immense, la croix que forment

la foudre et l’horizon, dans le faste simple de la vie

qui tout dévaste et tout emplit – nous célébrons ce dogme catholique :

tout est frère ici-bas, dans l’univers, fraternelle république

 

 

 

oui, frère – mais par quoi, demandes-tu ? frère par la mort ?

non pas. la mort n’est qu’une sœur de plus, une servante, la serrure

d’un trésor dont la clef ne nous appartient pas – frères

par l’espérance lourde, la lumière pure – oui : frères dans le Père Unique.

 

 

 

fuis maintenant l’immonde médiocrité des choses, l’entrelacs piégeux des faits

les trop courtes minutes, maudites cordes, fuis les écrans, quitte la fausse lutte, laisse encloses

tes windows à ce monde bruyant imagé dévorant, allège-toi de tout ce vide – et viens, viens

car tout vient à nous, tout y repart, tout en nous reprend poids et souffle tout reprend air, espoir et vie

 

 

 

jamais il n’est de retard fatidique, le temps est frère de miséricorde

tu peux vivre encor tu peux, apprends de nous le secret la vie le feu, reçois de nous

le manque qui te manque, nous t’en faisons le don, prends, prends :

viens et reçois de nous le huitième sacrement

 

 

 

le sacrement de force douce, le sacrement de joie

le sacrement de la rencontre. marche à présent dans cette clarté-là. regarde tout dans la bonté.

ton regard peut sauver, dieu nous sauvera tous

- nous qui tissons la vaste communion des saints :

 

 

 

voici l’amour qui est l’ordre de tout, maintenant ici

la grâce immense et magnifique – va, vis, meurs et deviens

tout est don, tu dois louer, louer tout, louer toujours, tout est bien

- tisse avec nous la vaste communion des saints. »

par Aurélien Delsaux publié dans : poèmes et oeuvres plastiques
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